notes / marcel duchamp. (1980)


68v. […]

Donner toujours ou presque, le pourquoi du choix entre 2 ou plusieurs solutions. (par causalité ironique).

L’ironisme. d’affirmation ≡ Différences avec l’ironisme négateur dépendant du rire seulement.

 

69rv. Texte – Donner au texte l’allure d’une démostration […]
[…]

 

  1. 771. […]

– […] arriver à une sorte de sténographie, évitant les longs développements, explication d’un mot quand elle est nécessaire, plutôt son équation sténographique qu’une triade = Éviter tout lyrisme formel. ; que le texte soit un catalogue –

clarté càd. choix de mots dont le sens ne prête pas à équivoque (ne pas confondre cette clarté avec l’étymologisme du mot.) éviter la recherche étymologique et se rapprocher du sens actuel des mots : employer les néologismes, argot…

– Répéter comme dans les démostrations logiques des membres de phrase entiers pour ne pas tomber dans l’hermétisme ; que toute idée, même la plus trouble, puisse être entendue clairement.

– Donner au texte l’allure d’une démostration en reliant les décisions prises par des formules conventionnelles de raisonnt inductif dans certains cas, déductif dans d’autres. Chaque décision ou événement du tableau devient ou un axiome ou bien une conclusion nécessaire, selon une logique d’apparence. Cette logique d’apparence sera exprimée seulement par le style (formules mathématiques etc. *) et n’ôtera pas au tableau son caractère de : mélange d’événements imagés plastiquement, car chacun de ses événements est une excroissance du tableau général. Comme excroissance l’événement reste bien seulement apparent et n’a pas d’autre prétention qu’une signification d’image (contre la sensibilité plastique).

(en marge) * les principes, lois, ou phénom. seront écrits comme dans un théorème dans les livres de géométrie. soulignés. etc.

– Employer la forme conditionelle dans le style : Faire aussi intervenir des présents, des imperfaits pour renforcer des démostrations – Le futur peut donner un ton ironique à la phrase –

 

 

Marcel Duchamp, Notes (1980),
Flammarion, Paris 1999 (2008: pp. 42, 46-47)

 

 

due parole sulla poesia / denis roche. 1995

 

Aprés Lautréamont, qui la torpille, et après Rimbaud, qui l’abandonne, la poésie aurait dû rester un exercice dangereux, occupé à fouiller les marges de l’inadmissible. Contestable et condamnable. Or, un siècle plus tard, force est de constater que c’est le contraire qui s’est produit : la poésie est redevenue un art de l’officiel, la gourmandise du petit-bourgeois, un refuge médiatique pour hommes politiques en mal d’électorat bien pensant, un hobby de centriste, un prix d’excellence relié en rouge, un revers de veston pour Légion d’Honneur, une qualification rassurante. Comme telle, je la nie, donc elle n’existe pas. Et je me pose bien au-delà de la seule position morale qui fut celle d’Adorno qui disait qu’après Auschwitz le recours à la poésie ne pouvait plus se justifier. Assez de sublime à bon compte!

*

Dopo Lautréamont, che la silura, e dopo Rimbaud, che l’abbandona, la poesia sarebbe dovuta rimanere un esercizio pericoloso, intento a frugare i margini dell’inammissibile. Contestabile e condannabile. Ecco che, invece, un secolo più tardi, siamo costretti a constatare che è successo il contrario: la poesia è tornata a essere un’arte dell’ufficialità, un peccato di gola del piccolo borghese, un rifugio mediatico per uomini politici in cerca di elettori benpensanti, un passatempo per centristi, un premio d’eccellenza rilegato in rosso, un risvolto per la Legion d’onore, una qualifica rassicurante. Come tale, io la nego, quindi non esiste. E mi pongo ben oltre la posizione morale che fu di Adorno, il quale diceva che dopo Auschwitz il ricorso alla poesia non poteva più essere giustificato. Ne abbiamo avuto abbastanza, di sublime a quattro soldi!

 

*

Denis Roche, Intervista, in «artpress», n. 198, genn. 1995,
ora in
Les grands entretiens d’artpress. Denis Roche,
Imec éditeur, Parigi 2014, pp. 91-92.

Tr. it. per gammm: Michele Zaffarano

à tervuren le train pour bruxelles, à bruxelles le train pour copenhague… / christian dotremont. 1972

 

A Tervuren il taxi per Bruxelles, a Bruxelles il treno per Copenhagen, treno trasportato via nave sul Baltico, a Copenhagen il treno per Mjölby in Svezia, treno trasportato via nave sull’Øresund, a Mjölby il treno per Boden, a Boden il treno per Haparanda, a Haparanda il taxi per Tornio in Finlandia, a Tornio il treno per Rovaniemi, a Rovaniemi l’autobus postale per Ivalo, a Ivalo l’autobus postale per Kaamanen, a Kaamanen il cingolato postale per Sevettijärvi, da Sevettijärvi in poi soltanto slitte-barche, gli strappi delle slitte-barche trainate da una renna e anche la lentezza, finalmente assoluta, come se fossi morto, di avanzare da solo verso nient’altro che enormi la neve, il ghiaccio, gli astri e l’aria, così tanta aria che il mio respiro mi sospinge come se fossi vivo.

 

[logogramme, 1972, 54.5 x 73 cm.]

tr. it. Andrea Raos



nuovo e-book su gammm: "urla in favore di sade", di guy-ernest debord



Oggi un nuovo ebook su gammm.org: si tratta di Urla in favore di Sade (Hurlements en faveur de Sade), di Guy Debord. Il file pdf [1.6 Mb] è scaricabile dalla pagina gammm/ebooks. (Nota bene: attivando sul lettore pdf il modo di lettura “single page”, e seguendo lo scroll, si assiste a qualcosa come una riproduzione virtuale del film di Debord).

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From today, a new ebook at gammm.org: it’s Urla in favore di Sade (Hurlements en faveur de Sade), by Guy Debord. You can download the pdf file [1.6 Mb] @ gammm/ebooks. (Take note: Turning on the “single page” layout, in your pdf reader, and scrolling down, you actually experience a kind of virtual view of Debord’s movie).




da bibi (incipit) / charles pennequin. 2002

Salut à moi. Salut à toi. Salut tout le monde. Tout le monde salue. Tout le monde passe. Un par un. Tout le monde vient pour saluer tout le monde. Tout le monde dit salut tout le monde. Un monde qui passe. Je dis bonjour. Bonjour à tous. Un par un. Tout le monde me dit bonjour.  Comment tu vas. Comment ça se passe. Où sont les enfants. Comment vont-ils. Qu’est-ce qu’ils fabriquent. Qu’est-ce qu’ils en disent. Quoi qu’ils pensent. Qu’est-ce qui les fait qu’on pense. Quit fait penser qu’on les pense. Que les enfants vous viennent. Qu’est-ce qu’ils viennent dire. Quoi qu’ils nous veulent encore. Qu’est-ce qu’ils veulent dire. Pourquoi ils pensent ainsi. Qu’est-ce qui les fait agir. Qu’est-ce qu’ils te font à toi. Qu’est-ce qu’ils te veulent donc. Et que leur réponds-tu. Pourquoi tu répondrais. Qu’est-ce qui te ferait répondre enfin. Et pourquoi tu te tairais. Pourquoi t’as inérêt à te taire. Pourquoi tu veux plus rien répondre. A qui tu répondrais. Quelles seraient tes réponses. A qui tu les donnerais. Il te viendrait plutôt des questions. A qui tu les poserais. Pourquoi il te viendrait l’envie de parler. D’avoir des mots. Des mots bien à toi. Des pensèes tiennes. Des dictons. Tu construis tes dictons. Tu penses en boule. Tu t’agites. T’es qu’une boule d’agissement. Tu penses plus. Tu viens tu vas. T’as plus d’orgueil. C’est quoi avoir son mot à dire. J’ai mes raisons. J’ai ma propre libido. Mes secrets. C’est quoi être intimement mêlé. Etre lié. Faire la vide. Souffler. Respirer. Pousser. Qu’est-ce qui nous vient. Qu’est-ce qui nous pousse dedans. Dehors. Qu’est-ce qu’on viendrait y faire. On viendrait rien y faire. On viendrait y pousser. Pousser sa voix. Pousser son corps en voix. Dan l’être. On nait. On nait d’un coup. En un coup de gueule. On n’a que ça. On na qu’une gueule. Qu’un corps. On nait qu’un seul jour. Il n’y a qu’un temps. On est tout seul dedans. Et pourtant tout le monde est autour. Tout le monde vous veille. On veille un mort. On lui dit bonjour. On vient pour le saluer. On salue le malentendu. On accoste. On aborde la question. On s’arrache et on s’arroche. On n’adhère pas. Ou on colle trop. On sent de la bouche. On transpire. On est gluant. On parle. On tousse. On crache. On pisse. On n’a pas de lien. On n’est pas marié. On n’est pas seul. On a des enfants. On a des femmes. On est parmi elles. On a sa petite femme. Son enfant. On le couve. On l’écrabouille. On l’étrangle. On entasse tout. Tous les plats sont entassés. On avale tout. On produit. On est tous sortis pareil. On est tous au même endroit. Tout le monde se touché. Tout le monde agit de même. Tout le monde sait jouer son va-tout. Son petit moi. Son petit chez-soi. On n’a pas d’abris. On n’a plus de corps. On est des poussés. Le temps fout le camp. On est dans le fout le camp. On n’est pas lié. Pourquoi je me lierais à moi. Pourquoi je me lierai à l’être qui est en moi. Pourquoi ja fais pareil que lui. Je suis dans son ombre. Et je me bouffe. Je suoi bouffé en lui. En l’autre. L’être en mon double. Je suis doublé. J’ai une langue double. Je pense en lui ou bien c’est lui qui men pense. Je pense son penser. Je gonfle. J’ouvre la bouche et je me pends dedans.  Je voudrais m’annuler. Annuler tout ce qui fait que je suis. Tout ce qui fait qu’on me reconnaît mon être. […]

[Da: Charles Pennequin, bibi, P.O.L., 2002. Image: Junya Ishigami, Little Gardens.]